M. Germain Rajoelison, recteur de la Catho de Tana, nous a reçu au sein de l’université que nous avons visité de fonds en combles après une longue discussion dans son grand bureau et autour d’un déjeuner malgache. Pendant trois heures, nous avons abordé tous les sujets possibles et imaginables : politique, éducation, urbanisme, santé… Nous sommes ressorties avec quelques clés pour mieux comprendre le pays que je vais essayer de partager avec vous pour que vous puissiez à votre tour, si cela vous intéresse, comprendre ce fabuleux pays qui est un véritable coffre fort dont personne n’a encore trouve la clé. En termes d’éducation, le taux de scolarisation officiel est de 96 % mais rapidement notre charmant interlocuteur (tout comme le directeur de l’éducation de masse) a souligné qu’il fallait plutôt parler de 85 %. Après un mois dans le pays, à voir les enfants mendier dans les rues de Tana ou cultiver dans les villages de brousse, on se dit que ce chiffre officiel est complément faux mais l’estimation de M. Rajoelison aussi. Il est vrai que si on considère scolarisés les 159 enfants d’un village de brousse qui suivent tant bien que mal des cours donnés par un jeune non formé dans l’église du village qui est minuscule, le pays peut afficher un bon chiffre. Sans oublier que beaucoup d’enfants ne sont pas déclarés à la naissance, alors comment le gouvernement peut-il calculer le taux de scolarisation ? Malgré tout le gouvernement, aidé par la banque Mondiale, fait des efforts dans le domaine et se trouve aujourd’hui confronté à l’insuffisance de lycées. Du côté de l’université, la situation est préoccupante car le remplacement des profs n’est pas assuré. De plus, ceux en place aujourd’hui préfèrent se consacrer à des activités de consulting plus lucratives que de s’occuper de leurs élèves. Naturellement, le recteur parle de l’université publique et non de son établissement qui est exemplaire et accueille des enfants de la haute société malgache. Malgré ce tableau peu réjouissant du système éducatif, les jeunes de 17 a 28 ans, qui représentent 50% de la population ont l’avenir de leur pays dans les mains et doivent s’adapter à la situation actuelle du pays. L’avenir de Madagascar est aussi dans les mains des multinationales étrangères et notamment américaines, qui se partagent les richesses du pays sans honte. Pour prendre sa place dans ce grand échiquier mondial, le gouvernement développe l’enseignement de l’anglais et vient de l’inscrire comme troisième langue officielle dans la nouvelle constitution. M. Rajoelison, nous a parlé sans peur de la perte de l’identité malgache et de l’utilisation du français. Comme lui, cette idée nous effraye un peu car les malgaches sont uniques au monde : ni africains, ni asiatiques, ils sont habitants d’une ile qui est à elle seule un mini continent. Cette peur est réelle aujourd’hui mais peu disparaitre à la prochaine élection présidentielle comme toutes les mesures prises par le président actuel. En parlant de président, M. Rajoelison suit de très près la campagne électorale française et nous avons un peu parlé de notre chère France. Nous avons quitté M. Rajoelison enchantées pour aller rencontrer un tout autre personnage : le père Pedro ! Le petit pas le grand ! Le grand est celui que tout le monde connait et qui œuvre à Tana pour donner une chance aux SDF d’avoir une maison et un travail. Le petit père Pedro est un prêtre portugais qui est formateur de jeunes prêtres et qui s’occupe de jeunes. Imaginez-vous, un jeune prêtre avec un accent portugais très chantant, nous expliquer les causes de la hausse de prostitution à Tana, le problème des avortements des jeunes filles, le problème de la non utilisation du préservatif par les jeunes … tout en nous montrant sa serre où il cultive des orchidées avec passion et amour. Cette rencontre, nous a donné du baume au cœur et nous a permis d’augmenter notre connaissance sur le pays. Nous avons rencontré de nombreuses familles à travers notre voyage dans l’ile et je vous voulais vous parle particulièrement de la famille de Francia, notre petite voisine de Tana. Francia est une jeune fille de 18 ans. Elle est en terminale S dans le plus vieux lycée de Tana. Francia est fille unique et elle vit avec ses parents dans la ville haute de Tana. Son père est mécanicien dans l’armée de terre et sa mère responsable d’un salon de coiffure : bonne situation, pensez-vous ! Et bien, leurs deux salaires leurs permettent juste de louer deux pièces : une chambre et une cuisine. Francia partage donc sa chambre de 10m2 avec ses parents depuis son plus jeune âge et doit vivre sa vie d’adolescente avec papa et maman sur le dos 24h/24 h. Pour faire ses devoirs, elle s’installe sur son lit car il n’y a pas de place dans la pièce pour un véritable bureau. Francia était pleine de vie et nous a avoué timidement qu’elle avait plus de copains que de copines et que sa passion était le skate board. Son père n’était pas enchanté de voir sa fille dévaler les rues de Tana mais elle le faisait tout de même. Il serait vraiment trop long de vous parler de toutes nos rencontres mais je ne peux pas finir cette longue newsletter sur le thème des rencontres sans vous parler de Marthe, la responsable des guides malgaches. Nous avons rencontre Marthe pour la première fois en décembre à Paris rapidement dans un bureau des scouts et guides de France. Nous étions sur le départ et elle en visite en France, rapidement nous lui avons expliqué notre projet et échangé nos mails … la rencontre fut très rapide et nous espérions juste la revoir a Mada. Lorsqu’on nous avons quitte Marthe et une partie de son équipe, nous avions les larmes qui coulaient car nous quittions de véritables amies. Marthe a fait que notre séjour soit une véritable réussite sur tous les points et nous a permis de découvrir Madagascar comme nous aurions jamais pu imaginer. Nous la remercions du fond du cœur et nous lui avons déjà donné rendez-vous pour une prochaine visite. Avis aux amateurs, le prochain départ est pour 2009 ou 2010 ou ? ? ? Nous avons donc quitté Madagascar pour rejoindre les Africains, comme disent les malgaches. Et, détournées de notre destination par les conditions climatiques, nous avons mis le cap sur le Zimbabwe. Nous avons établi « notre camp » chez Françoise Legoff, une amie qui travaille a la Croix Rouge et qui va nous donner des contacts dans les autres pays que nous allons traverser. Nous visiterons le nord du Mozambique le mois prochain avant la découverte du Malawi. Nous vous espérons tous en pleine forme et nous vous envoyons du soleil et de la chaleur. Barbara |