Chers amis, Le temps défile sous nos kilomètres et pendant plus d’un mois la page blanche promise à cette newsletter est restée encrée dans mon stylo. Ce n’est pourtant pas la Tanzanie qui a pu trahir mon inspiration enfin de retour. Pardon pour ce retard ! Nous sommes rentrées le 9 mai et nous en sommes ressorties le 26 juin. Presque deux mois pour decouvrir des paysages qui laissent sans voix, des steppes et la savane à perte de vue, des lacs grandioses. Nous avons vécu avec des Massais et aperçu de loin le Kilimandjaro. Nous avons profité de la côte Swahili et l’ile Zanzibar nous a charmé par sa beauté et son soleil. Ainsi le temps de se familiariser à la nouvelle monnaie, d’avancer nos montres d’une heure, d’apprendre quelques mots de Swahili et de comprendre que notre nouveau petit nom est : nzungo (blanc), nous décidons de commencer l’aventure par l’ouest du pays. Le lac Tanganika A l’ouest se trouve le lac Tanganika qui est pour moi un rêve d’enfant qui se trouve à la portée de ma vie d’adulte : chouette ! Nous prenons la route ou plutôt la piste à bord d’un bus antique qui défie l’état de la route chaotique et éreintante. Nous savons qu’elles sont ainsi dans tout le pays, hakuna Matata , nous sommes là pour l’aventure. C’est ainsi qu’au détour d’un virage qu’il apparait, il est là, nous le découvrons majestueux et impérial, le Tanganika nous éclabousse les yeux de sa superbe. C’est un lac frontière entre la Tanzanie, le Burundi et RDC (Congo) et la Zambie. Il est le lac le plus long du monde (675km) et le deuxième le plus profond (1434m). Nous nous installons à Kasanga, un petit village retranché, situé au sud du lac. La population nous accueille chaleureusement mais le Swahili ici est de rigueur. Hakon Matta, l’un ou l’autre a un peu de vocabulaire anglais, notamment le prêtre qui nous présente le capitaine du cargo amarré au port. Il part au nord demain et si nous le voulons, nous pouvons être du voyage. Oh oui ! Nous le voulons, l’affaire est conclue. Nous profitons du temps qui nous reste pour nous baigner dans le lac. Il est très sale, le lac! Mais un rêve est un rêve ! Ici les habitants viennent faire la vaisselle, la lessive, se baigner et se désaltérer. Nous ne comprenons pas : l’eau est sale et il y a trois pompes au village. Notre ami rencontré à notre arrivée nous explique qu’une est cassée et que les deux autres sont un peu plus loin. Alors hakuna Matata, l’eau du lac est parfaite ! Le mardi 15 mai à 17 heures, nous embarquons sur un cargo battant pavillon burundais avec un capitaine congolais, cap au nord. Le cargo emporte avec lui quelques tonnes de maïs pour le compte du HCR. Et c’est ainsi que sur cette petite parcelle du bout du monde, nous parlons français (c’est l’histoire des colonies qui fait çà). Et de ce petit monde terriblement masculin, nous découvrons des hommes en quête d’une vie meilleure. Aucun des matelots n’est là par choix. Leur vie a été gâchée par des années de guerre civile, ils ont fuit l’horreur. Ils ont le cœur qui saigne d’avoir vu tant de pillages, de lynchages et tout ce que l’absurdité humaine peut apporter d’inhumain quand l’homme est en colère. Ils en parlent, ils nous racontent leurs familles et leurs amours perdus, les études qu’ils n’ont pas faites. La force de la foi les accompagne pourtant. Trente heures plus tard, nous débarquons à Kigoma, tout au nord. Il se trouve non loin de là un petit village : Ujiji, très pauvre et très sale mais néanmoins célèbre parce que c’est ici que Stanley rencontra Levingstone. Mais toute l’Afrique se moque éperdument de ce qu’a bien pu faire cet explorateur britannique. C’est pourquoi il y a un tout petit mémorial qui vaut le coup d’être visiter justement parce qu’il n’en vaut pas la peine. Mwanza et le lac Victoria De kigoma le 18 mai à 6 heures nous avons pris le train pour Tabora, village dans lequel nous sommes arrivées à 4h du mat’ au lieu de 19 heures la veille (problème de locomotive). Et de là nous nous sommes rendues à Mwanza, ville au bord du lac Victoria (nord ouest Tanzanien). Rien à faire à Mwanza. Nous décidons donc d’aller sur l’ile d’Ukerewe au cœur du lac. A l’heure fixée, nous nous sommes rendues au port mais on nous explique qu’il n’y a plus de place et que c’est la pause déjeuner, il faut revenir demain. Mais Barbara bien décidé de prendre le bateau dans l’heure, me laisse pour mission de garder les sacs et revient 20 mn plus tard, triomphante, deux billets à la main. Non mais ! Conseil d’ami, ne dites jamais a Barbara : “il n’y en a plus, reviens demain”. Et nous embarquons sac au dos (parce que moi aussi j’avais bien accomplie ma mission). Nous découvrons une jolie ile ou l’économie semble se développer et nous la visitons de partout. Et tout au bout à l’ouest, nous dénichons un petit village de pêcheurs. Ils pêchent de minuscules poissons qu’ils font sécher sur la plage au soleil puis les ratissent et les stockent dans des sacs qu’ils vont vendre dans les grandes villes. Nous quittons Ukerewe et sur le bateau du retour nous rencontrons Paul, français de Toulouse qui enseigne le français à l’université en attendant de monter une agence d’éco-tourisme dans la région. Nous le quittons en lui souhaitant bonne chance parce que nous trouvons l’idée géniale d’oser réaliser son rêve. Arusha et l’expérience Massaï Le dimanche 27 mai à 6 heures, un bus nous emmène de Mwanza à Arusha. Il roule vite le bus, très vite, trop vite. Nous ne sommes pas vraiment à l’aise. Et c’est sur une belle route bien droite et bitumée, qu’un homme sur son vélo vaquant à ses occupations de 8 heures du matin a été fauché par notre petit con de chauffeur. Le choc a été sans appel, net et précis. En un quart de seconde, la vie d’un homme s’en est allée. Hakuna Matata, nous explique-t-on. Le bus doit rouler vite, c’est normal. Trois heures de commissariat plus tard, nous reprenons la route, même chauffeur, même vitesse. Nous arrivons tard à Arusha. Et pour cause. Le lendemain nous découvrons la ville ou plutôt la ville nous découvre. Nous ne pouvons pas sortir sans que nous soyons assaillies par les rabatteurs d’agences de safari, d’excursions au kili. C’est assez oppressent. C’est dans ces cas la je m’aperçois que j’ai fait d’énormes progrès en anglais. Ici, nous comprenons aussi qu’il faut mieux trouver un hôtel loin d’une mosquée. Parce qu’à 5 heures du mat, nous préférons dormir que prier. Nous sommes venues jusque la pour vivre avec les Masaï. Aussi, nous trouvons un guide et le 30 mai, au nord d’Arusha, nous marchons plusieurs heures à travers la savane pour rejoindre Engiseriani, un village masaï ou nous resterons 4 jours. Nous dormirons dans une Boma, petite maison en bouse de vache, pendant 4 nuits. Ainsi nous vivons au rythme tranquille de la vie masaï. Pendant que les hommes s’occupent des bêtes, les femmes font des bijoux en perles et s’occupent de leurs enfants. Nous assistons au dépressage d’une chèvre : travail délicat parce qu’il ne faut pas perdre une goutte de sang : ils le boivent. Ce sont les hommes qui cuisent la viande. Les femmes ont interdiction de regarder. Chaque pièce est destinée à un groupe de la population. Tout cela repartit équitablement. Ainsi les masaïs se nourrissent de lait, de sang et de viande. C’est un peuple qui inspire la sérénité. Tout s’organise et se fait dans le calme. Jamais nous avons entendu s’élever une voix. Nous dormons un peu serres à 4 sur une peau de vache dans notre Boma. La cuisine et les repas se font à l’intérieur, ce n’est pas très commode. Mais chaque soir, quand le soleil se couche, au loin sur la savane, c’est un spectacle éblouissant qui nous amène souvent à penser à vous. C’est un samedi que nous rentrons à Arusha et c’est le jour du grand marche masaï. Un camion fait le tour de la savane pour ramasser tous les masaïs qui souhaitent s’y rendre. Nous en faisons partie. Et nous voila perchées sur les barres en haut, tandis qu’en bas se mêlent les enfants, les femmes et les chèvres. C’est très très sale. Et d’en haut, particulièrement mal installées, nous avons le spectacle grandiose des neiges du Kilimandjaro qui se dévoile sous nos yeux. Il nous est impossible de prendre une photo. Sorry ! Vous ne verrez pas le Kili ! De retour a Arusha, nous nous ruons sous la douche et nettoyons assidument nos vêtements et nos sacs. S’en suit un déjeuner sympathique ou nous rencontrons Philippe, un expatrié résidant à Nairobi, de passage à Arusha pour affaire. Nous sympathisons et nous nous donnons rendez-vous dans un mois à Nairobi ou il nous accueillera amicalement. Et puis… l’océan indien Un passage à Moshi au pied du Kili (qui restera derrière les nuages), et nous voila parties sur les rives de l’océan indien que nous retrouvons avec joie. Nous l’avions quitte deux mois plus tôt au Mozambique. Le 8 juin, nous arrivons à Bagamoyo. La route est tout aussi mauvaise qu’a l’ouest du pays. Nous y rencontrons des sœurs malgaches et mauriciennes qui nous font visiter l’école dont elles ont la charge. Une école catholique de filles. Et puis nous retrouvons Katheleen et Lars, des amis danois rencontrés à Nacala au Mozambique. Lars nous emmène visiter une petite entreprise qui produit des noix de cajou puisque nous nous étonnions du prix si élevé dans un pays aussi producteur. A présent nous savons pourquoi. La chaine de transformation est longue et le nettoyage de chaque noix est manuel. De là, nous allons à Dar es Salam (Dar) ou nous prenons nos appartements dans un YMCA. Pour une fois, nous aimons bien la ville. Et le 16 juin, nous embarquons pour l’ile de Zanzibar : un peu d’islam au large de l’Afrique noire. Ile célèbre pour ses portes qui ont pour objectif de trahir la richesse de la famille qui se cache derrière. C’est aussi une ile de sable blanc bordée de cocotiers. Nous en profitons allégrement, et c’est la, sur la plage, dans l’hôtel Robinson avec la vue sur l’océan, éclairé par la lune, que je fête le cap de ma 35eme année. Belle soirée ! Mémorable ! Et la route nous appelle, elle va au nord encore et encore. Le 26 juin, sur la route qui nous emmène à Mombasa au Kenya, nous passons sans encombre le poste frontière. En ce milieu d’été, Barbara et moi souhaitons bonnes vacances à ceux qui partent, bon courage a ceux qui reviennent et belle fin d’été a chacun. A très très bientôt dans notre aventure kényane. Bien à vous, Bénédicte |